Initialement l'article devait s'intituler
"Premiers matériaux à la construction d'une théorie de la prostitution omniprésente" mais cela semblait trop long, désolé donc si à la lecture du titre affiché vous avez espéré secrètement quelque chose de sensiblement différent.
Il ne s'agira pas ici de disserter sur ces femmes de petites vertus qui exercent un métier dangereux et ô combien difficile mais plutôt à analyser la pute qui est en chacun de nous.
D'ailleurs,
nous sommes tous des putes sauf peut-être quelques prostituées.
Dans cette société moderne où l'homme bien rasé court sur un tapis roulant devant le miroir de sa salle de gym il faut faire face à un constat certes désagréable, certes maintes fois exprimés mais pourtant d'actualité. Aujourd'hui plus que hier et demain plus qu'aujourd'hui, il est nécessaire de remarquer avec quelle facilité
l'être est passé à
l'avoir, dénoncé par Marx, puis désormais au
paraître. La Société du Spectacle de Debord, pointée en 1967, est celle-ci, celle des grands magasins humains, des grandes surfaces médiatisés dans lesquelles nous nous contemplons, vides, celle des blogs, celle de cet article, l'abîme noir brillant et stérile où se terrent nos Moi, le terreau infertile dans lequel nous souhaitons si ardemment nous réaliser que nous en oublions son principal défaut : ici rien ne pousse.
"Je tiens, tu tiens, il tient, nous tenons notre Moi comme un guichet fastidieux", lassé, comme tout geste banal que nous répétons encore et encore, ces mêmes phrases en boucle d'une voix usée.
"Nous sommes devenus les représentants de nous-mêmes, les garants d'une personnalisation qui a tout l'air, à la fin, d'une amputation". Perpétuelle amputation. Petit à petit on s'inonde non pas de ce que nous sommes mais ce que nous désirons être. Non, même pas, de ce que les autres désireraient que nous soyons. Cela rejoint d'ailleurs le célèbre "l'enfer, c'est les autres".
Pour autant, cela fera l'objet en détail d'un autre article sur le lien social. Revenons à nos moutons des boulevards.
L'image, la représentation de la personne est d'une importance telle qu'aujourd'hui nous nous parlons par t-shirt interposés, par poses de couvertures de magasines, par moues importés.
Nous n'existons plus, seule l'image que nous avons cru bâtir reste là, telle le cache-misère en carton-pâte d'un vieux western spaghetti.
Quelques illustrations de la marchandisation de l'individu
La société moderne nous permet de considérer nombres d'exemples de ce qu'il convient de nommer la "prostitution omniprésente" et internet en premier lieu nous montre les plus belles illustrations à l'image des skyblogs où il s'agit de se mettre en représentation à la face du monde entier en un clic, plus clair encore le site "adopte un mec", dont on ne sait s'il s'agit d'une blague ou non tellement c'est risible, des "mecs" donc se présentent et essayent de se vendre à des consommatrices.
C'est la chasse à l'amour, Cupidon a été buté par des publicitaires, achetez, achetez !
De la même manière, il est risible d'entendre certaines femmes résolument féministes jouer à un jeu qui entre terriblement dans la sphère de la prostitution omniprésente, qu'on appelle d'une manière plus délicate "galanterie". Car que se passe-t-il lorsqu'une homme invite une femme au restaurant, au cinéma, en ville, lui achète des cadeaux ? Qu'est-ce donc à part un achat de cette même femme, que cela soit conscient ou inconscient, par milles petites attentions ?
Les preuves d'amour sont elles-mêmes marchandes comment l'amour ne pourrait pas le devenir ? Demandez vous ce que vous feriez si ces "preuves" d'amour, car désormais l'amour se prouve, cessées ?
Comment s'en sortir ?
Il n'est pas sûr qu'il y ait une sortie à cette situation qui ressemble à une lumière vers laquelle nous voletons, cherchant à atteindre la première place et à griller en la touchant. Et puis, j'en ai déjà entendu certains rétorquer :
à quoi bon être, être pleinement et réalisé, si c'est pour être malheureux alors qu'on peut se parer d'un être démembré et fictif en étant heureux comme ça ?
Effectivement, y-a-t-il une réelle raison, à sortir de cette situation de paraître ? Et d'ailleurs existe-t-il une autre situation ? Car imaginons un instant que ce que nous vivons ici est tout simplement ce que nous pouvons vivre de mieux, la situation naturelle de notre société.
Pour ma part j'espère qu'il en est autrement mais la question se pose.
Pour autant diverses solutions sembles possibles, en premier lieu la fin de l'idolâtrie de l'individu en lui-même au mépris de la société mais la considération de la société comme organe apte à la pleine réalisation de l'individu. La chute des idoles. L'éducation, la responsabilisation de l'individu, la culture, le développement de l'individu ..
Enfin, il ne s'agit pas ici d'exposer un terrible constat qui s'impose à tous, mais une vision personnelle, l'interprétation d'une situation donnée qui donne évidemment lieu à débat. J'en serais ravi.