C'est un sport bien méconnu que je veux vous présenter aujourd'hui. On le nomme
art du déplacement,
parkour, free-runing (en), voire même parfois "Yamakasi" en référence au film d'Ariel Zeitoun, sorti en 2001. Pratiqué par des personnes appelées
traceurs, c'est un sport extrême dans lequel le but du jeu est de pouvoir aller le plus vite d'un point à un autre sans qu'aucun obstacle (à part peut-être la muraille de Chine) ne puisse vous arrêter.
Un mur ? Hop j'escalade en deux temps trois mouvements et je suis de l'autre côté ! Je suis sur le toit d'une maison ? Pas de souçi, je me lance, et à l'atterrissage j'amortis la chute avec la fameuse roulade très caractéristique du parkour. L'initiateur de ce sport, David Belle, l'a très bien défini en une phrase: "Je vais là, je vais tout droit, j'y vais vite, et rien ne doit m'arrêter".
L'histoire
C'est donc David Belle en jouant au chat dans sa cité (rien de péjoratif hein) d'
Evry, avec deux trois potes qui le suivaient, qui a accouché de cette belle invention, l'art du déplacement. Si vous voulez savoir d'où lui est venue cette pulsion qui peut paraître suicidaire, il faut que je commence par son enfance.
En effet, il a le désir de suivre les pas de sa famille, son père et son grand-père ayant été tous deux sauveteurs dans l'armée. Très tôt donc, il s'engage dans l'armée française où il s'illustre par son agilité et sa rapidité. Il sera d'ailleurs champion de régiment d'escalade à la corde, de saut d'obstacles, et obtiendra en diplôme de gymnastique. Mais David, bel électron libre, ne pouvait se satisfaire de la rigidité imposée par l'armée et quitta donc la terre de l'uniforme pour les paillettes du cinéma.
On remarquera deux films incontournables puisque ce sont eux qui ont permis de faire connaître le parkour:
Yamakasi (2001) et
Banlieue 13 (2004). Les Yamakasi sont un
clan (c'est comme ça qu'on appelle le groupe de traceurs qui se joignent pour former un équipe) qui a été à la base entraîné par David Belle, avant qu'il intègre l'armée. Ne faites donc plus l'amalgame entre parkour et Yamakasi, même si ce terme reste le plus efficace pour expliquer aux gens de quoi l'on parle (Parkour ? gné ?). Pour Banlieue 13, c'est à ce que j'ai compris le véritable premier long-métrage de David Belle, alors si vous voulez vous en mettre plein la vue, c'est vers ce film qu'il faut se tourner. Le cinéma a eu un rôle majeur dans la diffusion du parkour, mais bon, aujourd'hui plus besoin d'acheter un DVD pour voir du bon parkour, ça pullule sur YouTube, je vous ai préparé une petite sélection à la fin de l'article.
La philosophie
Je vous parlais de pulsion suicidaire, mais bien que ce soit un sport dangereux, l'idée est de progresser à son rythme, n'attaquer un saut que quand on s'y sent vraiment prêt. On m'a ainsi raconté l'histoire d'un traceur qui en deux mois s'était mis au niveau des meilleurs, passa à la télé etc, et quelques semaines après se tuait en étant trop ambitieux, RIP. La devise du parkour, qui correspond plus à ce que tous les traceurs doivent avoir à l'esprit qu'à une description du sport, serait
"Être et durer".
Comme pour beaucoup de sports, l'idée est de repousser ses limites toujours plus loin, pour ici "trouver un chemin passant par des endroits que personne n'emprunterait normalement. Il recherche des obstacles à franchir par des mouvements qui se veulent utiles, efficaces, rapides et simples" (
wiki). S'il peut se pratiquer sur n'importe quel terrain (campagne, montagne... le désert ça peut vite devenir chiant et dans la mer ça se complique un peu, mais ça reste à voir ^^ ), le parkour est un sport typiquement urbain, puisque murs, grillages, voitures, immeubles, maisons, et toutes sortes d'obstacles se prêtent parfaitement à la pratique de la discipline.
Au passage vous aurez remarqué que le traceur se veut
efficace et rapide, tous les mouvements gymnastiques purement esthétiques (saltos...) ne font pas à proprement parler partie du parkour, même si ça apporte bien souvent un enchantement non négligeable étant donné que pour la majorité, les traceurs ne pratiquent pas par nécessité mais par plaisir.
On ne peut raisonnablement parler de parkour sans évoquer la Dame du Lac, à Lisses, qui était LE lieu fétiche d'entraînement de David Belle et qui est devenu un lieu de pèlerinage pour les traceurs. La municipalité, on ne sait toujours pas si c'est par naïveté ou par humour (dans ce cas, moi aussi je veux un maire comme ça !), a mis en place un petit grillage censé prohiber l'accès au site...
La pratique
Je vous laisse enrichir votre vocabulaire et votre imagination avec cette petite liste de mouvements basiques du parkour (wiki again), classés sans logique apparente, et pas forcément évidents pour le néophyte. J'en ai fait l'expérience, ça laisse des traces. D'ailleurs le traceur débutant devrait plutôt recevoir le nom de tracé, quoique celui de "bleu" lui conviendrait aussi à merveille.
- Saut de chat : franchissement d'un obstacle en plongeant et en poussant sur les bras afin de passer ses jambes entre ses bras.
- Saut de Bras : saut sur un mur, ou autre prise, conclu par une réception avec les bras (et amortie par les jambes).
- Saut de Détente : saut réalisé avec élan ou sans élan pour franchir une distance.
- Saut de Précision : saut technique, à pieds joints, dont la réception se fait sur une petite surface (muret par exemple), et généralement associé à un saut de détente.
- Saut de Fond : saut effectué d'une hauteur importante suivi généralement par une roulade afin d'éviter les effets néfastes pour les articulations.
- Tic Tac : appui sur un objet ou un mur avec le pied pour passer par dessus un obstacle (ou une portion de vide), ou exécuter un saut de bras .
- Passe-Muraille (de Chine) : technique de franchissement d'un mur d'une hauteur assez importante : consiste à prendre appui sur le mur avec un pied pour atteindre une plus grande hauteur.
- Lâché : consiste à se lâcher d'une hauteur quand on se tient par les bras, en effectuant soit un saut de fond, soit en se rattrapant à une branche en contrebas par exemple
- Roulade : consiste à amortir sa chute en roulant au sol d'une épaule à la hanche du côté opposé.
- Retourné : consiste à passer au dessus d'une barrière ou d'un mur et de se raccrocher de l'autre côté, pour ensuite enchainer un mouvement (le plus courant après un retourné c'est un lâché).
- Réception : Techniques de flexion des jambes pour un atterrissage.
- Balancé : Suspendu à l'aide des mains sur une barre ou une branche, lancer le corps d'avant en arrière afin de se lâcher pour rattraper une autre prise ou exécuter une réception.
- Passement fluide : Mouvement de souplesse et de fluidité qui permet de passer les jambes puis tout le corps dans un espace le plus fin possible, comme l'écart entre deux barres horizontales.
- Planche : Technique pour monter sur un plan où vous tenez les bras au dessus de l'obstacle. Placer les mains à hauteur de l'obstacle, prendre appui, puis élever le reste du corps à la force des bras pour monter vers le haut.
La pratique du parkour en milieu urbain peut parfois déranger les non-initiés ne saisissant pas l'objectif de ce sport, encore non reconnu. Cela risque de changer avec la création par les Yamakasi, en mai 2008 lors du
meeting international d'art du déplacement, d'une association, la majestic force, qui ouvrira la première
Académie de l’Art du Déplacement (AAD Academy) main dans la main avec la ville d'Evry. Ouverture prévue en 2010 si j'ai bien compris. Vers une reconnaissance du parkour ?
Liens, Best of YouTube...
Le plaisir des yeux:
- Une vidéo du traceur tigor, ce mec me fait carrément rêver, sur son skyblog(
), il narre sa progression depuis ses premiers pas (enfin presque). La vidéo est dingue, la musique planante, c'est là qu'on se dit merde, qu'est-ce que je fous 12h par jour à la bibli... Respect. - Des russianov, la présentation est longue (2min) et psychédélique, mais pas désagréable, la suite est bluffante, ces tas de muscles et de nerfs sont tout simplement badants ^^ (Black day, black day)
- Un petit best of, compil des vidéos du net
- Le clan adrénaline, la présentation n'est pas très réussie et dure trois plombes, mais ça vaut le coup, ces mecs sont dingues !
- Le clip d'un rappeur, je vous invite vivement à couper le son et à vous passer du muse en regardant cette vidéo sympa.
Le plaisir des yeux fatigués:
Si vous avez d'autres liens, d'autres vidéos, des choses à redire, n'hésitez pas, les commentaires sont là pour ça