On commence à en entendre parler partout: la France organise les
Championnats du Monde de Ski Alpin à Val d'Isère, du 2 au 15 février. Mais, qu'est-ce que cela signifie vraiment ? La France va-t-elle gagner quelque chose ? Sous-France vous propose une présentation d'un sport plutôt rare à la télévision (française).
Les disciplines
Quelles différences avec les Jeux Olympiques d'hiver ?
Les JO regroupent tous les sports d'hiver: le ski (alpin, de fond, etc.), mais aussi le snowboard, la luge, le bobsleigh, le skeleton, le biathlon, le patinage (artistique, de vitesse, etc.) et le hockey, sans oublier le curling ! Les Championnats du Monde ski alpin ne concernent donc que cette unique discipline qui comporte en fait plusieurs épreuves.
Quelles épreuves auront lieu ?
1 - La Descente (depuis 1911)
Tout le monde connait la descente, c'est assurément l'épreuve la plus télégénique. Les skieurs dévalent entre 800 et 1000m de dénivelé avec des pointes à 140km/h, en essayant tant bien que mal de passer dans les quelques portes du parcours. C'est aussi en descente que les chutes sont les plus impressionnantes, avec des conséquence parfois terribles. C'est ainsi que la Française
Régine Cavagnoud trouve la mort à l'entraînement à Innsbruck en 2001 ou plus récemment que le Suisse Daniel Albrecht a pris une
boîte démentielle à Kitzbühel. Ames sensibles s'abstenir, c'est vraiment pas beau. Vous remarquerez la vitesse affichée juste avant l'envol et le silence qui tombe sur l'aire d'arrivée. Une semaine après, il est toujours dans un coma artificiel et nul ne sait comment il s'en sortira, si jamais il s'en sort.
Bref, en descente, c'est près de 3 minutes de tension incommensurable et un spectacle fantastique avec sauts, compression et lignes droites "plates" interminables. Il n'est pas ici question de remettre en cause l'équilibre mental de ces tarés.
2 - Le Super-G (depuis 1982)
A mi-chemin entre la Descente et le Géant (cf. ci-dessous), le Super-G est un enchaînement de portes très espacées. Discipline très difficile à gérer de par ses parcours longs et pentus, où il n'est pas rare de voir de belles taules. (Je parle évidemment de gamelles, puisqu'après tout on ne voit que ça du ski sur les chaînes généralistes...)
Les meilleurs font la différence sur la précision de leur placement. Le chemin le plus court est bien sûr celui qui passe le plus près des piquets, d'où les coups d'épaules et parfois les sorties de pistes.
3 - Le Géant (depuis 1950)
Avec le Géant, ou Slalom Géant, on revient dans une discipline plus "sensée". Alors que la Descente et le Super-G sont des disciplines de vitesse, le Géant laisse place à l'expression de la technique des skieurs. C'est un enchaînement de portes beaucoup plus serrées qu'en Super-G (au moins 10m), obligeant les coureurs à rester en permanence en mouvement pour réaliser des courbes les plus parfaites possibles.
Il faut aussi de la puissance dans les jambes, puisqu'au moindre relâchement on se retrouve déporter sous les portes, avec encore plus de chemin à parcourir. Si vous avez poussé votre expérience alpine après la 3ème Etoile, c'est ce que l'on appelle "Flèche" à l'ESF.
4 - Le Slalom (depuis 1922)
Discipline technique par excellence, le Slalom, ou Slalom Spécial, est un empilement de portes très serrées (entre 4 et 15m d'écart) sur environ 200m. En réalité, il faut compter plus de 50 portes à passer en moins d'une petite minute.
Le Slalom a ses spécialistes et ses légendes, mais une chose est sûre, si la technique est d'une importance capitale, le relâchement et la fluidité ont aussi leur place. En conclusion, pour être un bon slalomeur, il ne suffit pas d'avoir appris par cœur les conseils de son entraineur, il faut aussi être soi-même d'un naturel plutôt décontracté pour faire partie des meilleurs.
5 - Le Combiné (depuis 1932)
Le Combiné rassemble une manche de Descente et une manche de Slalom. Pour remporter cette épreuve, il faut donc faire preuve d'une polyvalence extrême, ou tout au moins ne pas perdre trop de temps sur la Descente.
Technique et vitesse, les deux qualités majeures de tous les skieurs, pas étonnant que le vainqueur du Combiné soit toujours l'un des meilleurs mondiaux.
A noter qu'une épreuve mixte par équipe aura lieu, récompensant ainsi la nation la plus polyvalente et la plus homogène.
Est-ce que tous les skieurs vont s'aligner à tous les départs ?
Bien que rien ne les en empêche (à par leurs fédérations peut-être), les skieurs peuvent courir dans toutes les catégories. Cependant, à moins d'être une espèce de surhomme (il faut remonter assez loin dans le passé pour en trouver), on ne s'aligne que dans sa
catégorie de prédilection: vitesse ou technique.
Val'2009
La France n'avait plus accueilli les Championnats du Monde (tous les 2 ans) depuis 31 ans. C'est donc une énorme fête qui va avoir lieu ! Après avoir remporter l'organisation de l'évènement, la direction du projet s'est un peu déchirée quant au retard pris dans les constructions, mais maintenant, tout va bien, la station de Haute-Tarentaise est prête, de la plus belle des manière.
C'est en effet l'aboutissement de plusieurs années de travaux et un investissement massif. Et le résultat est au rendez-vous: pas moins de 2 massifs accueilleront les épreuves, la piste
Rhône-Alpes pour les femmes et la mythique
Face Olympique de Bellevarde pour les hommes. Avec leur aire d'arrivée commune et des écrans géants en pagaille, les spectateurs ne manqueront rien des entraînement et des courses.
Des spectateurs qui sont attendus en masse, 200.000 selon les organisateurs, tandis que 450 millions de téléspectateurs pour 600 heures de retransmission. Il faut dire que la région Rhône-Alpe a mis le paquet en rendant les transports en TER-SNCF gratuit depuis Lyon, Grenoble et Annemasse, allant même jusqu'à décaler sa propre zone de vacances pour permettre aux jeunes de suivre les épreuves en direct.
L'écologie est elle aussi un des atouts majeurs de la station qui met en place un système de navette gratuite, rendant le centre-ville piéton, ainsi qu'une rémunération des personnes rendant leur gobelet après avoir bu.
Et puis, comme les entraînements et les épreuves auront lieu dans la journée, il faudra bien occuper ses soirées. Ce ne devrait pas être trop dur, avec David Guetta aux platines et une kyrielle de concerts de tous les styles, de spectacles et animations pendant la durée des Championnats.
11 épreuves, pour 350 athlètes de 72 nations, un défi pour une simple station de ski, apparemment relevé avec brio par Val d'Isère !
Et l'Equipe de France dans tout ça ?
Il était une fois (en 1966), dans un pays lointain (le Chili), une équipé de France qui remportait 16 des 24 médailles en jeu, dont 7 en Or. Depuis, ce nombre tend vers la nullité qu'il atteint en 2005.
Alors, que peut-on espérer cette année?
Chez les femmes, sans vouloir être pessimiste, l'espoir est plutôt mince. Les mauvais résultats et les désillusions se suivent et se ressemblent. Comme il ne faut pas tout voir en noir, on peut se dire que la petite
Tessa Worley (19 ans) a les moyens de surprendre son monde, comme sa victoire à Aspen (USA) en début de saison le prouve. Et puis, après tout, si les autres concurrentes sont malades, les Françaises pourraient bien rentrer dans les 20 premières...
Chez les hommes, par contre, il y a un peu plus de raisons de s'enflammer. Il y a tout d'abord des individualités qui se sont révélées et un fort esprit d'équipe. Je pense bien entendu à
Jean-Baptiste Grange, actuel meilleur slalomeur mondial et 3ème au Classement Général de la Coupe du monde.
Je pense aussi à son copain
Julien Lizeroux qui a brillamment remporté le slalom mythique de
Kitzbühel le week-end dernier (devant... JB Grange). En slalom, donc, il y a de l'espoir. Comme
JiBé court aussi en Combiné (une 2ème place en décembre ... à Val d'Isère), on peut même se dire que le doublé est possible. Avce des résultats prometteurs en Géant, il pourrait bousculer la hiérarchie mondiale et redonner des couleurs à la France.
Autour de ces individualités fortes s'est bâti un solide esprit de groupe et il n'est plus rare de voir 3 ou 4 Français dans les 15 premiers.
L'objectif affiché par la Fédération Française de Ski est de 3 médailles. C'est peut-être un peu optimiste, mais pourquoi pas ?!
Si ce n'est pas la France qui gagne, qui va le faire?
Les Autrichiens pardi ! Avec des gars comme
Benjamin Raich (33 victoires en Coupe du Monde),
Reinfried Herbst (petit jeune, vainqueur mardi à
Schladming, la Mecque du ski) ou l'inoxydable
Hermann Maier (petit vieux, 54 victoires en Coupe du Monde), rien de plus facile!
Il ne faut pas oublier les Américains, avec
Bode Miller (gros alcoolique, 31 victoires en Coupe du monde) ou même les Italiens, avec
Moelgg,
Blardone et
Innerhofer.
Les Mondiaux seront à suivre à partir du lundi 2 février sur France Télévision (France 2, 3 et 4) et Eurosport. Tout le programme ici!
Allez JB !!!
Photos: © Agence Zoom pour les photos de JB Grange