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Parlons rock, parlons jeune. Dans la musique, il y a une alchimie étrange, un équilibre fragile, mystérieux, insondable, qui propulse parfois des groupes inconnus sur le devant de la scène, ces petits groupes d’hier qui deviennent les grands groupes de demain. Je vais vous parler d’un groupe du nom de The Dodoz.
Composition classique du petit groupe de rock, on trouve une batterie (Adrien Cassignol), deux guitares (Jules Cassignol et Vincent Argiolas) et Géraldine Baux à la basse et au chant. Ils nous entraînent vite dans des rythmes prenants aux influences très variés, allant de Velvet Underground à Portishead, en passant par Bowie, Television, Bloc Party, The Clash, Talking Heads ou The Pixies. C’est dansant, c’est cassant, la voix est exceptionnelle (elle fait un peu penser à Blondie), c’est tout ce qu’on aime, et il faut l’écouter pour l’apprécier. ^^
The Dodoz: Monster[DYLB]
La moyenne d’âge est à 17 ans, on sait qu’ils travaillent ensemble depuis deux ans et qu’ils commencent à se faire connaître sérieusement. Arrivés 18ème aux indés du mouv’, je ne souviens plus trop quand, ils vont participer à la musique du film Nos retrouvailles de David Oelhoffen, font des concerts dans les grandes villes françaises et iront même jusqu’à Londres en juin prochain.
Pour la petite histoire, Jules et Adrien Cassignol, qui sont frères jumeaux, précisons-le, ont déjà eu une période de célébrité, il y a une toute petite dizaine d’années, grâce aux romans pour enfants du JSQA (Jules-Simon-Quentin-Adrien), le groupe d’élite de résolution d’énigmes alambiquées.
De la droite vers la gauche: Simon, Quentin, Jules, Adrien.
Sport de bourrins pour certains, de bûcherons pour d’autres, les gens qui ne connaissent pas bien les règles ont souvent une idée préconçue sur ce sport… >< Et pourtant, les tas de joueurs qui s’empilent devant vous ne se font pas sans contrôle. En réalité, le rugby est bien un sport de contact, mais c’est justement cela qui permet une bien meilleure réglementation que dans les autres sports. Un exemple : au foot on a parfois des joueurs au sol mais dans ces cas-là, c’est souvent très difficile de juger s’il y a eu faute ou pas. Au rugby, les placages sont autorisés mais toujours en dessous des épaules. Au-dessus, c’est un comportement dangereux qui est en général sanctionné très sévèrement : exclusion temporaire ou même définitive. Comme quoi tout n’est pas permis !
Les mêlées aussi sont très réglementées. La position est mise en place de façon à ne pas abîmer le dos ou les cervicales. C’est vrai qu’il y a parfois quelques sales coups au milieu de la mêlée, mais personnellement, je n’ai jamais connu ce genre de problèmes (bon c’est vrai, je suis rarement dans la mêlée, et en plus on ne les pousse pas).
Chaque joueur a un rôle très précis. On classe en gros les joueurs dans deux catégories : les avants ou gros (mais je précise que ça n’a rien de péjoratif) et les arrières ou trois-quarts, auxquels s’ajoute le demi de mêlée qui fait la charnière entre les deux. Les avants sont ceux qu’on voit dans les tas. Ils doivent bouger très vite et leur rôle est très physique. Les arrières doivent plutôt courir, et lorsque le jeu se déploie, on assiste en général à un beau spectacle : des passes bien enchaînées et des combinaisons assez impressionnantes.
En dehors de ça je tiens à le dire, le rugby est loin d’être un sport pour les brutes qui n’ont qu’une seule idée, celle de foncer dans le tas. Au contraire, le rugby est un sport intelligent où la réflexion a toujours sa place. Comme les passes doivent toujours se faire vers l’arrière, on doit trouver la meilleure manière d’avancer vers le camp adverse. Et là, on a intérêt à réfléchir avant ! Un seul exemple : pendant le dernier match France-Irlande, alors que la France perd, les Français sont dans une bonne phase de jeu, à environ 15 mètres de la ligne d’en-but. Après un tas, le demi de mêlée sort le ballon et le jeu se déploie sur les ailes. Dans ces cas-là, soit on continue à faire des passes en ayant de l’élan pour avancer, soit on trouve une autre solution. C’est exactement ce qu’a fait Vincent Clerc en créant de l’incertitude : au lieu de faire la passe, il a préféré essayer de passer à travers les lignes adverses. Résultat : un essai et la victoire de la France. L’idée est là : surprendre l’adversaire et non lui faire mal, avancer et non pas foncer.
Les VI Nations
Cette compétition a lieu chaque année en réunissant toujours les mêmes pays : France, Angleterre, Irlande, Pays de Galles, Ecosse et enfin Italie qui s’est rajoutée il y a quelques années. En général, trois équipes dominent les débats : la France, l’Irlande et l’Angleterre.
Le tournoi se déroule simplement, les équipes jouent un match contre toutes les autres. Celle qui comptabilise le plus de victoires a gagné. En cas d’égalité, on départage autrement, par exemple avec le nombre d’essais marqués, le nombre de joueurs sanctionnés…
Ce tournoi a plusieurs intérêts : d’abord, il permet de réunir régulièrement les joueurs de chaque équipe et donc de constater qui est disponible. Il permet d’évaluer le potentiel de chaque joueur, et surtout le niveau de l’équipe en vue des autres matches internationaux et surtout de la Coupe du Monde.
C’est en ce moment même que le tournoi a lieu et il est plutôt bien parti pour les Français : 3 victoires en 3 matches, la seule équipe encore en course pour réaliser le grand chelem ! Mais attention aux Anglais ! Wilkinson a beau être absent, les Français vont quand même jouer à Twickenham ! Un beau match en perspective, que je conseille à tous…
Les rencontres internationales
A part le tournoi qui a lieu régulièrement, les Français font en général une tournée d’automne où ils rencontrent les équipes de l’hémisphère Sud. La dernière tournée était plutôt alarmante : deux victoires des Néo-Zélandais et une victoire sur le fil contre les Argentins. Ca promet pour la Coupe du Monde…
Les autres rencontres plus anciennes qu’ils ont fait étaient plutôt rassurantes : les deux autres grandes nations du Sud, à savoir l’Australie et l’Afrique du Sud semblent moins redoutables que les deux précédemment citées…
La Coupe du Monde
Elle a lieu tous les 4 ans… et cette année en France. Les Français sont attendus bien sur, même si les Néo-Zélandais partent favoris. Cet événement est dans toutes les têtes depuis 4 ans, dans la mienne en particulier On ne sait jamais, tout peut arriver. Les champions en titre ? Les Anglais : en 2003 ils ont déployé leur meilleur niveau et surtout un immense Wilkinson pour gagner d’abord les VI Nations, partir favoris pour la Coupe et la remporter chez les Australiens, précédents champions, qui jouaient en face. Ils avaient notamment battu la France sans un seul essai, uniquement avec les points marqués par le pied de Wilkinson. J’avoue que je l’ai encore en travers de la gorge…
Aujourd’hui les Anglais sont moins percutants, les paris sont ouverts… Surtout l’ambiance va être énorme ! Il suffit de voir à quelle vitesse les places se sont arrachées.
L’ambiance
J’ai gardé le meilleur pour la fin ! Il y a quelque chose d’inimitable au rugby, c’est l’ambiance. Le rugby est un sport où chacun respecte l’adversaire et où la tolérance est de mise. Ce n’est pas le cas partout…
Un dernier mot : allez voir un match de rugby au moins une fois dans votre vie. Non seulement on assiste à un beau spectacle mais surtout chaque match est une véritable fête entre supporters de tous les bords. Croyez moi, la pub de la GMF n’a rien inventé…
SMiLE. Brian Wilson. Qui en a entendu parler ? Qui même sait de quoi il s'agit ? Ceux qui me connaissent diront : de musique évidemment. Certes. Mais si je demande aux fins connaisseurs de la musique Pop/Rock, puisque ç'en est, peu, en tout cas pas les moins de 30 ans, savent de quoi il s'agit.
Et pourtant.
SMiLE de Brian Wilson est certainement l'album de pop/rock qui n'est jamais sorti le plus connu de tous les temps. Jusqu'en 2004 du moins. Mais la spécificité de cet album ne se réduit pas seulement à cela. D'ailleurs, si cet album n'est (presque) jamais sorti, c'est bien qu'il doit avoir quelques particularités. J'estime que SMiLE, de par son histoire, sa musique elle-même, son géniteur, qui était un peu particulier, et aussi à cause de l'époque à laquelle il a été conçu, mériterait un article. Le voici, donc.
D'abord, qui est Brian Wilson ?
Bon, si je parle des Beach Boys, là, tout le monde connaît (en tout cas les plus de, disons, 10 ans). Eh bien, Brian Wilson était, pardon est (il est toujours vivant, aussi incroyable que cela puisse paraître quand on connaît le style de vie adopté par beaucoup de jeunes dans les années 67-68) le compositeur des Beach Boys, et aussi leur chanteur en studio, pas sur scène puisqu'il ne la supportait pas. Maintenant, je vous demande un instant de votre temps : écoutez, si vous le pouvez, une des chansons les plus célèbres des Beach Boys, comme par exemple Surfin' USA :
The Beach Boys: Surfin' USA[Surfin' USA]
Si vous ne le pouvez pas, écoutez-le dans votre tête.
Bien. Les thèmes récurrents chez les Beach Boys ? Filles, bagnoles et surf . Le tout sur une musique légère, simple, enjouée et avec des polyphonies vocales. C'est la surf musique. Cette vague musicale déferla aux Etats-Unis jusqu'en 1965. Le fameux mythe californien avec les surfers, les filles aux soleil et les palmiers est directement issu de la surf music, et donc des Beach Boys. Eh bien, sachez que les Beach Boys ont aussi créé de la musique complètement différente de la surf music. En effet, j'ai déjà dit que depuis les débuts du groupe, Brian Wilson en est le compositeur. Or, il n'a eu de cesse de perfectionner sa musique et d'élaborer de nouvelles sonorités, et donc de sortir des chemins tracés. On peut ainsi dire que Brian Wilson est aux Beach Boys ce qu'un John Lennon ou un Paul MacCartney est aux Beatles. D'ailleurs, la compétition est acharnée entre les Beach Boys, représentants de la musique Rock américaine, et les Beatles, qui envahissent les ondes des radios du monde entier. En effet, Brian Wilson et Paul MacCartney n'ont de cesse de se surpasser et de dépasser l'autre. Bien entendu, cette compétition n'était à ma connaissance qu'amicale, car Brian Wilson et MacCartney se respectaient et s'admiraient réciproquement, voire s'entraidaient, comme nous allons le découvrir plus loin.
The Beach Boys
Toujours est-il qu'à partir de 1966, et en Grande Bretagne notamment, la musique rock pure et dure telle qu'on la connaissait jusqu'alors cède la place à une autre dite pop music, plus élevée, qui va donner naissance par la suite à la musique psychédélique liée à l'émergence du mouvement hippie. Vous me suivez ? Les Beatles et Brian Wilson rivalisent alors d'ingéniosité pour créer de nouvelles sonorités. En 1966, les Beach Boys sortent leur plus grand album, que l'on peut même qualifier d'œuvre d'art majeure : Pet Sounds, qui réussit à détrôner les Beatles comme premier groupe musical, pour quelques temps du moins. Paul MacCartney reconnaîtra lui-même la supériorité de Pet Sounds sur le reste de la pop music, et déclarera même s'en être inspiré pour Sgt. Peppers' Lonely Hearts Club Band. La musique est beaucoup plus complexe et travaillée, et les paroles sont de mêmes plus recherchées et plus poétiques. Certains titres ne sont d'ailleurs plus des chansons, car étant uniquement instrumentaux.
Or, il se trouve que pendant les sessions d'enregistrement de cet album, Brian Wilson a entamé l'élaboration d'une chanson avec des nouvelles techniques de composition et d'enregistrement : il s'agit de Good Vibrations. Avant de poursuivre mes explications, écoutons-le (je ne peux publier ici qu'un extrait de 30 seconde, légalité oblige) :
The Beach Boys: Good Vibrations[Single]
Il faut savoir seulement que cette chanson est sortie en single en 1967 et qu'elle a été le plus grand succès des Beach Boys : jugez plutôt, il est classé n°1 aux États-Unis et en Grande Bretagne 12 jours après sa sortie. En outre, cette chanson fut un des hymnes du mouvement hippie alors naissant. À présent, intéressons-nous à la chanson en elle même. Inutile de le préciser, cette chanson est en symbiose avec le climat psychédélique ambiant de l'époque. Le but de l'art psychédélique ? Retrouver en perception consciente les sensations que l'on a eu lors d'un voyages en LSD. Or, il se trouve que dans un tel voyage, les sensations prédominantes sont celles de la vue et de l'ouïe : si on m'a bien renseigné ( ), l'odorat et le goût se transformeraient en sons et hallucinations. C'est pourquoi l'une des formes majeures d'expression du psyché fut la musique, comme Good Vibrations. Écoutons les premières paroles :
Citation: Good Vibrations
Ah! I love the colorful clothes she wears
And the way the sunlight plays upon her hair
Ah! I hear the sound of a gentle word
On the wind that lifts her perfume through the air
Nous avons la vue, l'ouïe, et l'odorat dans les 30 premières secondes ! Si ce n'est pas du psyché ! D'ailleurs, le titre Good Vibrations fait référence aux vibrations que produiraient certains êtres humains et qui seraient captés par d'autres (selon Brian Wilson, cette idée lui serait venue après que sa mère lui aurait dit que les chiens ressentent les émotions des êtres humains en captant les vibrations qu'ils émettent). Cette idée s'applique ici entre une fille et le chanteur, à savoir Brian Wilson.
Je vais maintenant vous expliquer brièvement la démarche d'un compositeur qui crée un pièce de musique, qu'elle soit classique ou bien qu'il s'agisse d'une chanson. En adéquation avec les émotions qu'il éprouve, le compositeur recherche des mélodies, à savoir des successions de notes (cette précision est importante pour la suite), qu'il va ensuite essayer d'associer, d'harmoniser, afin de produire une pièce homogène et si possible agréable à écouter. Bien entendu, Brian Wilson utilise cette méthode. Mais, au lieu de la limiter aux notes de musique, il va généraliser cette technique aux sons eux-mêmes : Brian Wilson tente de recréer les sensations qu'il ressent (bien souvent sous l'effet du LSD, soit dit en passant) grâce à des sons, pas forcément produits par des instruments de musique, comme par exemple des bruits d'horloges, d'eau ou d'outils. De même qu'avec les mélodies, Brian Wilson associe ces sons pour former une pièce. Ceux qui ont quelques connaissances dans la musique contemporaine pourront remarquer que cette technique se rapproche de la musique concrète, qui utilise un assemblage de sons enregistrés sur bande magnétique pour produire une pièce de musique. Certes. Mais à la différence de la plupart des "compositeurs" se réclamant de la musique concrète, Brian Wilson a eu la présence d'esprit de nous épargner l'écoute de ses "expériences sonores". Au contraire, il souhaitait que sa musique soit la plus naturelle possible, la plus proche de la Vérité, de la Perfection. En outre, Brian Wilson n'abandonne pas du tout les mélodies habituelles, bien au contraire, il les intègre en tant que son.
Il va sans dire que créer de la musique en utilisant cette technique est bien plus long et compliqué que les méthodes traditionnelles : en effet, une chanson étant composée d'un patchworks de sons et de mélodies souvent très courtes (qu'on appelle section), les prises de sons vont souvent être très brèves, souvent de l'ordre d'une vingtaine de seconde. De plus, Brian Wilson a enregistré chaque élément plusieurs fois, dans plusieurs endroits afin de trouver le meilleur son possible. Ainsi, Good Vibrations a été enregistré en grande partie dans deux studios. On dit d'ailleurs que dans ce genre de musique, le studio est un instrument à part entière. Enfin, rappelons-nous que cette chanson a été enregistrée en 1966 : les musiciens de l'époque ne disposaient pas des moyens d'enregistrement sophistiqués d'aujourd'hui. Par exemple, Brian Wilson ne disposait que de magnétophones à 4 pistes, c'est-à-dire qu'ils ne pouvaient enregistrer simultanément que le son provenant de 4 microphones ou autres sources sonores au maximum. Cela suppose que, une fois qu'il avait choisi les sons qu'il voulait intégrer dans la chanson, Brian Wilson devait ajouter un à un les sons à un moment précis du morceau (on parle de mixages successifs ou overdubbing), ce qui n'était pas chose facile, car il n'est pas aisé de contrôler finement un magnétophone. Chaque nouveau son est ainsi ajouté aux précédents déjà présents sur la piste, par récurrence (on parle aussi d'approche modulaire, je vous dit ça si vous n'avez rien à dire pour la prochaine conversation à table). Cela signifie non seulement que le compositeur n'a pas la droit à l'erreur sous peine de devoir tout recommencer, et qu'en plus il doit avoir dans son esprit une idée très précise du résultat final, de l'ordre et de la façon dont les sons doivent être ajoutés. Par exemple, il doit entendre ce que donnera la superposition de deux sons ou plus ! Je rappelle qu'il ne s'agit pas seulement de notes superposées (et si c'était le cas, il est déjà assez difficile d'entendre le résultat de l'association de plusieurs mélodies jouées par plusieurs instruments), mais de sons, ce qui rend la tâche encore plus ardue pour le compositeur ! Si on ne peut pas parler de génie !
Pour vous donner une idée de la complexité du processus, on estime qu'environ 90 heures de sons ont été enregistrées pour produire Good Vibrations, chanson pop au format radio de 3 minutes ! En outre, et on le comprend aisément, cette chanson fut à l'époque l'enregistrement pop qui a coûté le plus cher : 50 000$, soit 10 fois plus qu'une chanson habituelle.
Afin de mieux comprendre cette technique de production, je vous propose un extrait d'une session d'enregistrement de Good Vibrations où on peut entendre une partie du thème de l'introduction (flûte, batterie, orgue) :
The Beach Boys: Good Vibrations (various sessions)[Smiley Smile]
Écoutez ensuite l'extrait de cette même chanson que j'ai placé plus haut, et essayez de retrouver la partie instrumentale que vous venez juste d'entendre.
Les Beach Boys en studio autour de Brian Wilson
Après le succès de Pet Sounds et de Good Vibrations, Brian Wilson souhaitait créer un album entier utilisant ses nouvelles méthodes de production et avec l'esprit du précédent album. Brian Wilson le conçoit comme l'album, ou plutôt l'œuvre de sa vie, il revêt d'ailleurs un aspect semi-autobiographique. Brian Wilson en parle comme d'une "symphonie adolescente pour Dieu" ("a teenage symphony to God"). SMiLE est une suite de chansons courtes liées par les thèmes et par la musique, certaines chansons s'enchaînant ainsi sans interruption. Il s'agit en fait d'un concept album, comme l'est Sgt. Peppers' Lonely Hearts Club Band des Beatles, American Idiot de Greenday ou encore Confessions on a Dance Floor de Madonna. Ainsi, SMiLE est conçu comme un voyage traversant les États-Unis d'Est en Ouest, de Plymouth Rock jusqu'à Hawaï, et abordant quelques thèmes de l'histoire et de la culture américaine. Pour cela, Brian Wilson s'associa avec l'auteur-compositeur-chanteur-musicien-parolier Van Dyke Parks afin que celui-ci écrive les paroles. Ils formèrent par la suite un duo produisant un travail extrêmement fructueux : en six mois, ils ont écrit 5 des 12 titres de l'album, les plus connus et les plus réussis : Surf's Up, Heroes and Villains, Wonderful, Cabin Essence et Wind Chimes.
Brian Wilson voulait que cet album rendent les gens heureux, d'où son titre, d'ailleurs. C'est pourquoi on retrouve dans les chansons de nombreux jeux de mots, calembours et autres phrases avec double signification. La chanson la plus parlante est Vega-Tables (initialement Vegetables) : rien que le titre est un jeu de mot. Cette chanson est extrêmement riche, tant sur le plan sonore que sur le plan littéraire : prenons la phrase "I'm gonna do well, my vegetables, cart off and sell my vegetables", et écoutons attentivement cet extrait en particulier : "cart off and". Les germanistes pourront reconnaître le mot Kartoffeln, qui ne veut rien dire d'autre que pommes de terre. Certes, ce n'est pas désopilant à hurler, c'est plutôt de l'humour psychédélique, mais avouons-le, il fallait trouver, quand même ! En outre, si l'on écoute bien la chanson, en entend des craquements : dans la version originale de Vegetables, il s'agit en fait de Paul MacCartney qui croque une carotte !
Les influences de cet album ? Tout d'abord, le mouvement psychédélique, à travers la consommation de LSD. Les chansons sont en effet très colorées, avec un travail profond sur l'harmonie, et puis, quand on regarde les paroles, on se rend compte que tout cela est très aérien, suspendu dans le temps et l'espace. Ensuite, on peut retrouver dans la musique des échos de la musique populaire américaine du début du siècle dernier, notamment de George Gerschwin (Brian Wilson aurait été baigné par sa musique lors de son enfance).
Brian Wilson en 1967
Dès les début de sa conception, SMiLE commença à faire du bruit. Les rares personnes à pouvoir voir Brian Wilson à l'oeuvre ressortaient du studio complètement ébahies (par la musique, hein). Beaucoup disaient que Brian Wilson était en train de créer le plus grand album de tous les temps. Évidemment, il y eut beaucoup de mystifications. Il n'empêche, tous savaient que Brian Wilson utilisait les mêmes techniques qu'avec Good Vibrations, ce qui laissait espérer beaucoup de SMiLE. Cependant, alors que la pochette du disque était déjà dessinée et que la maison de disque des Beach Boys (Capitol Records) avait plus ou moins connaissance des titres des chansons de l'album, Brian Wilson se mit à prendre du retard par rapport aux dates prévues (l'album aurait dû sortir au début de l'année 1967). Il semblait en effet que Brian Wilson avait des difficultés à terminer son album. On pensait d'abord au perfectionnisme du compositeur, à ses techniques de production complexes, longues et très coûteuses. En réalité, son état physique et surtout mental se dégradait très rapidement, certainement sous l'effet de la consommation assidue de drogues alors qu'il appartenait à une famille à risque concernant les troubles psychiques. Un seul exemple : Brian Wilson avait fait installer sous son piano un bac à sable, parce que selon lui le contact du sable sous ses pieds l'inspirait. Brian Wilson commençait à souffrir sérieusement de paranoïa. Il pensait par exemple qu'il était persécuté par son plus grand concurrent, le producteur britannique Phil Sector. Il faillit en outre brûler les bandes de la chanson qui aurait dû s'appeler Fire, parce qu'il pensait qu'elle était à l'origine d'incendies qui s'étaient déclarés dans les environs. Cependant, il est apparu que certaines de ses suspicions n'étaient pas toutes infondées : son père avait chargé un détective privé de suivre ses agissements (bonjour la famille), et le FBI s'intéressait particulièrement à lui, comme d'autres célébrités de l'époque. En outre, les Beach Boys étaient en procès avec leur maison de disque. D'autre part, les relations ente Brian Wilson et les Beach Boys se détérioraient, notamment avec le second chanteur et parolier Mike Love : celui-ci critiquait en effet la musique et les paroles de SMiLE qu'il ne comprenait pas, pensant que le groupe devait garder l'ancienne recette qui fonctionnait (la surf music). Brian Wilson se trouvait en constante pression afin qu'il finisse son album au plus vite face à la compétition de ses rivaux comme les Rolling Stones, les Beatles et Bob Dylan.
Beach Boys - Pochette de SMiLE
Bref, je n'irai pas plus loin, Brian Wilson est sombré dans une très grande dépression (je vous épargne les détails). Toujours est-il que le 6 mai 1967, l'agent de presse des Beach Boys annonça que le projet SMiLE avait été abandonné. Quelques semaines plus tard est sorti Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles, album révolutionnaire parfois considéré comme le plus grand album du rock. Ainsi, les Beatles avaient gagné la course qu'ils livraient aux Beach Boys. Ces derniers sortirent quelques temps plus tard un amas de chansons sans liens, issues de ce qui aurait dû être SMiLE : l'album Smiley Smile, qui laisse ainsi la place à de nombreuses versions pirates de SMiLE élaborées par des fans à partir d'enregistrements pirates (les bootlegs). Évidemment, ces SMiLEs personnels n'avaient rien à voir avec l'original, car seul le génie de Brian Wilson était en mesure de savoir comment s'ajustaient les dizaines voire les centaines de sections qui formaient l'album.
Brian Wilson continue sa descente aux enfers, puis commence à remonter la pente grâce à son psychiatre-gourou Eugene Landy, qui maîtrisait tous les aspects de sa vie personnelle et artistique. Ce même médecin le pousse dans les années 80 dans une carrière solo peu remarquée. Cependant, grâce à l'action de son frère Carl, Brian Wilson fut écarté du docteur Landy. Vers la fin des années 90, il rencontre un fan musicien, qui lui propose de prêter son groupe, les Wondermints, afin de faire revivre la musique des Beach Boys. Peu à peu, le claviériste de ce groupe amène progressivement Brian Wilson à l'idée de jouer SMiLE sur scène. Et, oh surpise, Brian Wilson ne l'envoie pas paître. Au contraire, il accepte la proposition. Et voilà que grâce à l'aide de Van Dyke Parks (qui lui aussi est encore vivant), s'ensuit en février 2004 la première mondiale de SMiLE à Londres, suivie ensuite par l'enregistrement en studio. La critique est unanime : c'est une véritable oeuvre d'art. Évidemment, le SMiLE que nous avons devant nous n'est pas celui de 1967. Brian Wilson a changé depuis, il a dépassé la soixantaine et a traversé de nombreuses épreuves. Sa voix aussi n'est plus la même, malgré la magie des techniques numériques qui ont tenté de lui rendre le timbre qu'elle avait il y a 37 ans. Voilà, maintenant, c'est sûr, le rêve est brisé, les fans qui collectionnaient les bootlegs sont forcément déçus. La musique ne nous paraît pas vraiment spectaculaire, car maintenant, grâce à l'informatique, la technique de la musique modulaire est très aisée à utiliser (voire même trop, si l'on pense à la techno). Mais Brian Wilson est parvenu à son but : nous rendre heureux.
Brian Wilson - Pochette de SMiLE
On peut tout de même se poser une question : si l'on écoute les enregistrements de l'époque, et que l'on compare avec les chansons de l'album actuel, on ne remarque en fin de compte que bien peu de différences. Pourquoi, s'il était si proche du but, Brian Wilson a-t-il renoncé à le sortir ?
Brian Wilson pendant la tournée européenne en 2004
Je vous propose enfin une série d'extraits de certains titres de l'album SMiLE, chacun en deux versions : l'une, originale datant de 1966 et provenant de l'album Smiley Smile, l'autre provenant de l'album SMiLE de 2004.
Heroes and Villains :
The Beach Boys: Heroes and Villains[Smiley Smile]
Brian Wilson: Heroes and Villains[SMiLE]
Wonderful :
The Beach Boys: Wonderful[Smiley Smile]
Brian Wilson: Wonderful[SMiLE]
Vegetables (Vega-Tables dans l'album SMiLE de 2004) :
The Beach Boys: Vegetables[Smiley Smile]
Brian Wilson: Vega-Tables[SMiLE]
Wind Chimes :
The Beach Boys: Wind Chimes[Smiley Smile]
Brian Wilson: Wind Chimes[SMiLE]
Good Vibrations : voici d'abord une des premières versions de Good Vibrations, dite early take, datant des premiers essais de Brian Wilson, puis ensuite la nouvelle version de 2004, toutes deux avec les paroles originales de Tony Asher (le parolier de Pet Sounds : en effet, le cousin de Brian Wilson, Mike Love, avait réécrit les paroles de Good Vibrations pour la version sortie en single) :
The Beach Boys: Good Vibrations (early take)[Smiley Smile]
Brian Wilson: Good Vibrations[SMiLE]
Voici pour finir un lien vers une vidéo Youtube, où l'on voit quelques scènes avec Brian Wilson, d'autres membres des Beach Boys et Paul MacCartney. Mais le plus intéressant est le fond musical : on retrouve en effet quelques sections qui ont servi à l'élaboration de l'album SMiLE. Écoutez bien, on n'a pas souvent l'opportunité d'entendre l'intérieur d'une chanson, de savoir comment elle est construite. Profitez-en !
Attendez... le type, là, à droite, il vous dit quelque chose, non ?
Voilà, c'est la fin de ce journal cet article, merci de l'avoir suivi jusqu'au bout. Tout commentaire, remarque, rectification ou nuance sont bien sûr les bienvenus, car cet article, déjà suffisamment long, est loin d'être complet, et il est fort probable qu'une erreur ait put se glisser quelque part (ou, pour parler de façon plus responsable, il se peut que j'aie dit une bêtise dans cet article) .
Je rappelle que SMiLE est une œuvre d'art à part entière, elle ne s'écoute donc pas comme on peut écouter une chanson de rock habituelle. Vous ne pourrez pas non plus danser sur une chanson de cet album, ou alors, arrangez-vous pour que personne ne vous voie. Rappelez-vous que si cet album était sorti 37 ans plus tôt, il aurait bouleversé l'Histoire du Rock.
Lors de sa première écoute, réservez-y une heure d'affilée si vous avez le temps, sinon, ne l'écoutez pas. Installez-vous confortablement, et écoutez pendant un peu moins d'une heure cet album dans son intégralité sans aucun arrêt. Surtout, ne faite rien d'autre pendant ce temps. Méditez, réfléchissez, regardez le ciel, mais, ne bougez pas !
Brian Wilson, souriant
Si parfois il vous arrive d'être triste, alors écoutez cet album. Si parfois il vous arrive d'être heureux, alors écoutez cet album. Surtout, si vous ne savez plus si vous êtes triste ou heureux, si vous ne savez plus pourquoi ni pour qui vous vivez, ce que vous faites dans ce monde, alors, écoutez SMiLE.